Youna Dufournet : Je me demande si cela n’a pas un petit côté sadique de s’infliger de telles souffrances

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Ma mère m’a fait prendre conscience que je me plaignais de plus en plus au téléphone. Je lui disais que j’avais trop mal et elle m’a dit qu’il était temps que je pense à l’avenir

SPORT 24 – LE FIGARO

Youna, comment se sent une jeune retraitée de 23 ans ?

 Je me sens très bien. Cela fait quatre mois que j’ai arrêté ma carrière sportive mais depuis, j’ai une vie bien remplie et très épanouie. Je continue mes études avec ma deuxième année de BTS Communication et à côté de cela je vais travailler chez Vivendi qui me propose un CDD jusqu’en septembre 2017. Donc je serai en horaires aménagés pour pouvoir mener travail et cours en même temps. Enfin, je suis rentrée au sein du comité directeur de la Fédération française de gymnastique en tant que chargée de mission auprès des sportifs de haut niveau. Et j’ai eu mon diplôme pour être membre d’un jury national.

Cela fait effectivement beaucoup d’occupations. Du coup, vous n’avez aucun regret d’avoir arrêté…
Aucun. J’ai été au bout de ce que j’étais capable de faire et au bout de ce que je voulais faire. Je suis contente de mon palmarès même si évidemment j’aurais aimé plus de médailles, notamment une olympique. Mais j’étais arrivée à un stade où mon corps ne pouvait plus encaisser la charge d’entraînement et c’était trop dur physiquement et, par ricochet, psychologiquement. Je me suis donnée à 200% dans les qualifications pour Rio mais je n’ai pas réussi. Je n’ai aucun regret, j’ai fait mon job, je me suis remise d’une blessure de dernière minute qui m’a bien plombé au dernier moment et après, le staff a fait son choix que je comprends tout à fait. J’ai arrêté en étant contente, sans la moindre amertume et en étant certaine de mon choix.

Mais cette décision, vous l’avez prise d’abord pour vous préserver physiquement…

Oui, totalement. Cette dernière année, j’avais vraiment mal. Ce n’était pas une douleur comme lorsqu’on fait du sport du type courbature ou autre. Non, c’était une douleur bien plus forte que cela. Je me levais chaque matin en me demandant comment j’allais faire pour m’entraîner alors que j’avais déjà mal au genou ou aux hanches. En plus, ce n’est pas simple de s’entraîner avec des filles de 16 ans qui sont toutes fraîches et pétillantes comme j’ai pu l’être moi aussi. J’ai repoussé mon corps au-delà de ses limites et je le paie à l’heure actuelle. Mais je ne vais pas en vouloir toute ma vie à mon corps parce qu’il m’a empêché d’aller encore plus haut et plus loin. Il faut l’accepter et à un moment donné, il faut savoir s’écouter et penser à la vie future. J’ai envie de pouvoir m’amuser avec mes enfants plus tard.

Vos parents ou vos proches aussi vous ont poussé à arrêter…

La dernière année, oui, ma mère m’a fait prendre conscience que je me plaignais de plus en plus au téléphone. Je lui disais que j’avais trop mal et elle m’a dit qu’il était temps que je pense à l’avenir. La gymnastique m’a énormément apporté mais cela reste un sport mineur qui permet difficilement d’en vivre. Donc il fallait aussi que je pense à mes études et à la suite. Cela aussi m’a poussé à dire stop et mes parents m’ont toujours encouragé dans chacun de mes choix. Ils ne m’ont ni poussé à continuer, ni à arrêter. Même si, quand j’ai dit à ma mère que j’allais arrêter lors d’un repas de famille, elle m’a dit qu’elle était soulagée. Cela a toujours été mes décisions.

Et n’auriez-vous pas dû arrêter plus tôt pour préserver davantage votre corps ?

Non, je ne pense pas, même si en gymnastique, parfois, je me demande si cela n’a pas un petit côté sadique de s’infliger de telles souffrances. J’adorais en faire toujours plus à l’entraînement. Souvent, j’en faisais trop et je suis rentrée dans un cercle vicieux où n’étant pas satisfaite, je voulais toujours en faire davantage. Donc je suis contente de ma décision.

Du coup, comment avez-vous vécu les Jeux à Rio en tant que spectatrice ?

C’était génial. Surtout que je connaissais beaucoup d’athlètes présents grâce à l’Insep ou aux Etoiles du Sport. Certains sont devenus mes amis. Je pense aux escrimeuses Ysaora Thibus ou Charlotte Lembach par exemple. Nous nous sommes toutes épaulées cette année car nous avons les mêmes doutes et les mêmes peurs. Du coup, j’étais très contente de pouvoir être présente pour elles à Rio. J’ai vécu certaines performances comme si c’était les miennes.

© Cédric Callier – Sport 24, le Figaro

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