Youna Dufournet : « Tant que j’ai besoin de la gym, même s’il y a des blessures je continuerai à revenir. »

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Youna Dufournet est la tête d’affiche de la gymnastique française depuis plusieurs années. Médaillée de bronze aux Championnats du monde 2009, elle a participé aux Jeux Olympiques de Londres en 2012.

 

 Je me suis mis beaucoup de pression parce que je voulais effectuer un beau retour à la compétition

Youna, tu as participé en mai aux Championnats d’Europe et il s’agissait de ta première grande compétition depuis les Jeux Olympiques de Londres il y a deux ans. Comment as-tu abordé cette compétition : c’était du pur bonheur de revenir en compétition ou bien tu avais une certaine appréhension ?

Après les Championnats de France qui se sont très bien déroulés puisque j’ai remporté trois médailles d’or, c’était une immense joie de savoir que j’étais sélectionnée pour les Championnats d’Europe. Je faisais mon grand retour à la compétition puisque je m’étais fait opérer sept mois auparavant. Au mois de septembre, quand j’ai démarré l’entraînement, j’avais comme point de mire les Championnats d’Europe. Mais ça restait un peu un rêve, ce n’était pas très concret pour moi. Du coup, quand j’ai appris la sélection, j’étais très heureuse et je me suis donnée au maximum.

Après, arrivée sur place, je me suis mis beaucoup de pression parce que je voulais effectuer un beau retour à la compétition et parce que je voulais montrer de quoi j’étais capable. J’étais beaucoup trop stressée. Ne pas faire de compétition internationale pendant presque deux ans est très dur !

Raconte-nous un peu ce qui s’est passé depuis les Jeux Olympiques de Londres : tu as voulu prendre un peu de recul avec la gymnastique pour soigner ton genou, c’est bien ça ?

Après les Jeux de Londres, je suis revenue à l’entraînement début septembre mais j’avais tout le temps très mal au genou. Il fallait aussi que je prépare mon bac. Le retour de Londres a été difficile psychologiquement parce qu’il fallait se remettre au travail et parce que la déception était là. Physiquement, je ne pouvais plus subir les entrainements et continuer à avoir mal au genou. Du coup, au mois de décembre, j’ai préféré arrêter l’entraînement et continuer à m’entretenir pour garder la forme. J’ai été voir un chirurgien qui a trouvé une opération et qui m’a dit que je pouvais me faire opérer au mois de juillet. J’ai passé mon bac et j’ai continué à m’entretenir à côté de ça. Je n’ai repris véritablement l’entraînement que mi -septembre.

En octobre prochain auront lieu les Championnats du monde en Chine. Penses-tu avoir le temps de retrouver complètement ton niveau d’ici là ?

J’espère ! Ça avance bien. Les entraînements se passent très bien pour l’instant, pourvu que ça dure. J’espère être prête à temps. C’est le but !

1907285_10152125545918790_6401072945083630713_nRevenons un peu sur le début de ta carrière. Tu as remporté la médaille de bronze au saut de cheval lors des Championnats du monde 2009. Est-ce le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

Honnêtement, ce n’est même pas le meilleur souvenir de ma carrière ! Je n’ai que des très bons souvenirs. Forcément, la médaille de bronze aux Championnats du monde, c’est énorme ! Mais j’étais jeune et pas consciente de ce qui se passait et du coup, je n’ai pas savouré. Je ne regrette pas du tout mais je n’ai pas savouré comme il le fallait parce que c’est l’âge et parce que c’était pour moi normal vu le travail que j’avais accompli. Je n’ai pas eu cette euphorie d’après Championnats du monde.

Lors des Jeux Olympiques de Londres 2012, tu étais une chance de médaille aux barres asymétriques. Avoir dix-huit ans et jouer une médaille aux Jeux Olympiques, on imagine que c’est un poids considérable ?

Oui. Les Jeux Olympiques de Londres étaient l’objectif de toute ma carrière. Je pensais aux Jeux de Londres depuis que j’étais toute petite. Avoir atteint ce but de participer était déjà énorme. La dernière année, mon objectif principal était la médaille aux JO. C’était vraiment l’objectif final et je pense qu’inconsciemment, on se met beaucoup trop de pression.

Hamilton Sabot nous avait parlé avant les Jeux Olympiques de Londres et nous avait dit : « Mes premiers Jeux, je les ai vécus en tant que spectateur. C’est tellement immense et on regarde tellement tout qu’on n’arrive pas à les vivre pleinement. A Londres, je les vivrai en tant qu’acteur. » Je retiens ça et c’est pour ça que je me bats pour aller jusqu’à Rio. J’ai l’impression d’avoir fait Londres en tant que spectatrice. J’ai fait les Jeux une fois et j’en garde un super souvenir même si la déception de la chute est là. Mais maintenant, j’aborde les choses différemment. J’ai vraiment envie de participer et d’être actrice.

Tu as malheureusement chuté en qualifications du concours des barres asymétriques. As-tu mis longtemps à digérer cette déception ?

Oui, j’ai mis beaucoup de temps. Sur le coup, c’est très frustrant parce que c’est une chute que je n’ai jamais commise et qui était vraiment de la malchance. La manique a glissé et c’est quelque chose qui n’arrive jamais, ou alors une fois sur 100. Du coup, je ne me reproche rien techniquement. J’ai donné mon maximum. Je pense que pour réussir, il faut la technique et une part de chance. Je n’ai pas eu la chance ce jour-là. J’espère l’avoir une prochaine fois. La déception était là parce qu’on s’entraîne beaucoup et le résultat ne paie pas toujours. Mais rien que de participer à ces Jeux et d’y être allée en bonne santé (même si j’avais un peu mal au genou), c’était déjà énorme et j’ai profité des Jeux jusqu’au dernier moment. Il m’a fallu du temps mais maintenant, je l’ai digérée.

De façon générale, quels souvenirs gardes-tu de ces JO de Londres ?

Un rêve ! Mon dernier souvenir, c’est l’entrée dans le stade pour la cérémonie de clôture. Il n’y avait pas d’autres mots. C’était génialissime ! On a rencontré pleins d’athlètes et de sportifs. Tout était énorme : les salles d’entraînement, les salles de gym, le self, les hébergements… C’est quelque chose qu’on ne comprend que quand on les faits. Aucune autre compétition n’est comparable aux Jeux. C’est indescriptible.

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Depuis le début de ta carrière, tu as vécu des périodes difficiles avec notamment une blessure au genou en juin 2010. Qu’est-ce qui t’a donné la force de persévérer et revenir à chaque fois ?

Je pense que c’est la famille et les amis. Ils m’ont toujours soutenue. C’est aussi une éducation. Ça n’a jamais été facile. C’est presque un défi à relever de descendre au plus bas pour remonter au plus haut. On n’est jamais autant satisfait que d’arriver à une victoire après un échec. Se relever est difficile : il faut beaucoup de temps et beaucoup de patience, il faut s’acharner au travail, être assez intelligent sur certains moments de sa carrière… Je pense que c’est mon tempérament qui a fait ça. Tant que j’ai besoin de la gym, même s’il y a des blessures je continuerai à revenir.

Tu es la tête d’affiche de la gymnastique féminine française depuis plusieurs années. Ressens-tu une pression importante à cause de cela ?

Non. Forcément, je fais de la gym et l’objectif est d’être la meilleure. Mais ça ne me met pas de pression particulière.  Au contraire, ça me fait chaud au cœur et c’est agréable. Ca me fait plaisir parce que tous les efforts que je fais sont récompensés.

Les Jeux Olympiques de Rio en 2016, tu y penses déjà tous les jours ?

Oui. C’est l’objectif suprême. Mais j’y vais étape par étape. Il y a des Championnats du monde et des Championnats d’Europe avant. Je n’ai pas envie de me brûler les ailes mais oui, Rio me fait rêver !

 

©Propos recueillits par InterviewSport

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